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Séminaire Archéologie et numérique

RECHERCHE, ART, PRATIQUES NUMERIQUES  #10

Mercredi 15 mars 2017
10h00-12h30
IMéRA
Institut d’études avancées
2 place le Verrier
13004 Marseille
 
Archéologie et numérique
 
Comité d’organisation :
Jean Cristofol (Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence), Jean-Paul Fourmentraux (Centre Norbert Elias – CNRS/AMU/EHESS),
Manoël Pénicaud (IDEMEC, CNRS/AMU), Cédric Parizot (IREMAM,CNRS/AMU)
  1. Bartette(ISCD-UPMC), L. Norgeot(ISCD-UPMC), E. Rosso (Université Paris Sorbonne- EA 4801-IUF)

Objets archéologiques, fac-similés numériques, restitution architecturale.

Le décor figuré du théâtre antique d’Orange    

Le recours aux technologies numériques tend à se généraliser en archéologie, le plus souvent dans le but de visualiser des données complexes grâce à des outils et des logiciels préexistants. Dans le cadre du projet NuméRO[1], fruit d’une collaboration interdisciplinaire mobilisant des compétences en histoire de l’art, en architecture et en informatique, le parti retenu a été la mise au point d’une application logicielle dédiée, répondant à un cahier des charges dicté en amont par des questionnements scientifiques précis. L’objectif premier était de proposer une restitution de l’une des frises en marbre du théâtre antique d’Orange (l’un des mieux conservés du monde romain) fondée sur la numérisation par photogrammétrie de fragments sculptés extrêmement lacunaires ; pour ce faire, nous avons procédé à la confrontation numérique des fragments conservés et à la « restauration » virtuelle des sections manquantes – autorisée par la nature même du décor, qui se caractérise par une syntaxe iconographique reposant sur des combinatoires complexes de figures de répertoire. Le dialogue constant entre les différents acteurs du projet a suscité des ajustements et des réorientations qui ont également conduit à l’ajout de nouvelles fonctionnalités et à l’émergence de nouvelles pistes de recherche. Ainsi, loin d’être de simples avatars dont la principale utilité est de permettre à l’archéologue de s’affranchir de la pesanteur du marbre ou du contact direct avec l’objet archéologique ou le « terrain », les fac-similés numériques se sont révélés être, au-delà des attentes initiales, les supports de nouveaux questionnements scientifiques.

[1] Numérisation et Restitution de la frise dionysiaque du théâtre d’Orange, projet financé par Sorbonne Universités dans le cadre de l’appel à projet « Sciences et patrimoine culturel ».

Thématique du séminaire

Ce séminaire transdisciplinaire s’intéresse aux perturbations productives que génèrent les collaborations entre les chercheurs en sciences humaines et les artistes dans le domaine du numérique. Il s’inscrit dans la suite des réflexions et des expérimentations que nous avons menées à l’IMéRA dans le programme antiAtlas des frontières depuis 2011 tout en élargissant notre questionnement au-delà de la seule question des frontières.

Dans le  domaine des sciences humaines et sociales, le recours aux pratiques numériques conduit à de nombreux bouleversements que ce soit dans la collecte, la production et le traitement de données, ainsi que l’élaboration de nouvelles formes de narration et d’édition. Le tournant numérique conduit les chercheurs à reconsidérer leurs méthodes, leurs catégories, leurs paradigmes, leurs orientations théoriques, leurs objets, leurs formes de labellisation et les cadres des champs disciplinaires. D’ailleurs, compte tenu des collaborations toujours plus nombreuses qu’implique le recours au numérique entre d’un côté les sciences humaines et de l’autre les sciences exactes et expérimentales, il semble plus pertinent de par

ler de Digital Studies que Digital Humanities.

Dans le domaine de l’art, le numérique ouvre également des champs de pratiques radicalement nouveaux. Il transforme la relation des artistes aux outils qu’ils utilisent et aux connaissances qu’ils convoquent, produisent ou questionnent. Il transforme le statut et les formes des œuvres. En introduisant de nouvelles modalités pour assurer leur circulation, il modifie également leur relation avec le public. Le numérique bouleverse la place de l’auteur qu’il place dans une relation dynamique par rapport aux flux d’information, de circulation des images, des sons et des formes. Il donne ainsi une nouvelle importance à l’invention de dispositifs dans lesquels ces formes sont données à l’expérience, ouvrant d’infinies possibilités d’interaction avec l’œuvre. Il donne enfin une nouvelle dimension au travail collectif, à des formes diverses de collaborations, d’échanges et de contributions. D’une façon générale, on peut dire que le numérique déplace les pratiques artistiques et conduit à réfléchir autrement les relations entre arts et sciences.

Ce séminaire rassemblera des chercheurs en sciences humaines (sociologues, anthropologues, politologues, géographes, historiens, littéraires), en sciences dures (informaticiens, physiciens, mathématiciens, etc.), des artistes (designers, hackers, programmeurs, média tactique, etc.) ainsi que des professionnels (industriels, chargés de communication, etc.). Notre objectif est de favoriser des croisements, des emprunts et des déplacements qui seront propices à l’identification de nouvelles pistes de réflexion et de recherche, voire à la mise en œuvre d’expérimentations collaboratives.

Chaque mois, des participants seront invités à présenter leurs expérimentations d’outils numériques de collecte (applications mobiles, capteurs oculaires, systèmes SIG, etc.) ou d’indexation et de traitement des données recueillies (bases de données, systèmes de visualisation ou de sonification, etc.). Certains feront part de leurs explorations de dispositifs d’écriture et de modélisation de la connaissance (jeux vidéo, machinima, web documentaires, etc) ou encore de nouvelles formes d’édition électroniques.

Trois types de questions seront développés.

1) Il s’agira tout d’abord de voir comment, et jusqu’à quel point, ces pratiques et instruments transforment notre rapport au monde, nos méthodes de recherche, la construction de nos objets, la modélisation et la diffusion de notre connaissance et de nos oeuvres.

2) Nous nous interrogerons aussi sur l’impact des processus collaboratifs qu’impliquent les pratiques numériques entre chercheurs, artistes et professionnels. L’objectif est d’évaluer les apports que chaque démarche (scientifique, artistique, professionnelle) apporte aux autres.

3) Nous verrons enfin comment ces processus collaboratifs bouleversent les champs disciplinaires, les points de vue et les formes d’autorité qui organisent notre recherche et notre pratique et conduisent à repenser de manière créative de nouvelles formes de rencontre entre les disciplines scientifiques et entre celles-ci et les non-spécialistes.

Commençant en janvier 2016, ce séminaire fonctionnera selon un rythme de rencontres mensuelles, d’une durée de trois heures.

Partenariat

IMéRA – Institut Méditerranéen de Recherches Avancées (AMU)

Centre Norbert Elias (CNRS/EHESS/AMU)

Institut de Recherche et d’Etudes sur le monde arabe et musulman (CNRS/AMU)

Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence

Institut d’Ethnologie Mediterranéenne Européenne et Comparative (CNRS/AMU)